Interview | Marike Minnema

Née en 1984 aux Pays Bas, Marike Minnema fait des études de théâtre puis de relations internationales. Ensuite, elle suit différentes formations sur la médiation des conflits et sur le théâtre de l’opprimé dans différents pays. En 2009, elle arrive au Maroc où elle travaille comme actrice et animatrice indépendante. Elle travaille particulièrement sur la libération du corps, de l’esprit et de l’intellect utilisant différentes techniques de théâtre de l’opprimé. En 2016 elle crée l’association de théâtre AJRU. La présente interview a été réalisée en darija marocaine en voici la transcription en français.

Marike aan het werk

Tout d’abord Marike je te félicite de ton excellent niveau d’arabe ! Raconte-nous ton parcours et d’où t’est venue la passion du théâtre ?

Depuis toute petite j’étais passionnée par le théâtre, j’en fais depuis que j’ai huit ans. Depuis l’école primaire j’essayais toujours de résoudre les conflits qui apparaissaient entre mes camarades, j’ai toujours aimé la résolution de conflit et faciliter le dialogue. J’ai continué à cultiver ces deux passions jusqu’à l’âge adulte. Maintenant je peux allier mes deux passions à travers le théâtre de l’opprimé.

Tu as fait des études de théâtre puis de relations internationales, pourquoi cette transition?

Le théâtre a toujours été une passion pour moi. J’ai donc intégré une école de théâtre pendant deux ans. C’était pour devenir une comédienne. J’aimais beaucoup l’école de théâtre parce qu’on y travaillait de manière intensive le corps. Le physique y jouait un très grand rôle. Mais au bout de deux ans, j’ai senti le besoin d’étudier une discipline intellectuelle qui sollicite plus l’intellect et la curiosité que j’avais pour le monde. C’est la raison pour laquelle j’ai fait une formation universitaire en relations internationale et le conflit. Les deux disciplines sont différentes ; l’une sollicite presque exclusivement le corps et l’autre l’intellect, mais au fond les deux cherchent à comprendre pourquoi on a des conflits. J’ai toujours sentie le besoin de trouver un travail qui puisse allier les deux. Le théâtre de l’opprimé s’est présenté presque comme une évidence pour moi. Car que le théâtre de l’opprimé combine la sagesse corporelle, artistique, spirituelle et intellectuelle.

D’où t’est venue l’idée de t’installer au Maroc et d’apprendre la darija?

Comme je disais tout à l’heure la résolution de conflit a toujours été pour moi un talent et une passion à la fois. Evidement il y a en Europe et particulièrement aux Pays Bas une grande communauté musulmane dont une grande partie est d’origine marocaine. L’islamophobie est un problème majeur aux Pays Bas. C’est pour mieux comprendre ce problème que j’ai toujours voulu étudier cette communauté, d’où elle vient, quelle est sa langue et sa culture. Je voulais absolument comprendre afin de contribuer à une meilleure compréhension des musulmans aux Pays Bas et d’expliquer les raisons de cet antagonisme. C’est pourquoi je me suis fixer comme objectif de venir au Maroc et d’en comprendre la culture, la langue et l’identité.

Marike picture

Le théâtre de l’opprimé qu’est-ce que c’est ?

« Théâtre de l’opprimé » est une forme de théâtre participatif créé par Augusto Boal, dramaturge et metteur en scène, dans un contexte dictatorial Brésilien. Au cœur de cette forme de théâtre est la question comment nous pouvons faire face à l’oppression et comment nous pouvons nous libérer de cette oppression. Cette forme de théâtre est à portée de main de chaque être humain. Augusto Boal a dit : « Tout le monde peut faire du théâtre, même les acteurs. » et « On peut faire le théâtre partout, même dans un théâtre. »

Le théâtre de l’opprimé inclue différentes techniques comme le théâtre des images, théâtre forum, l’arc-en-ciel du désir et théâtre invisible. Le théâtre est le forum, l’endroit où les citoyens se rencontrent pour débattre comment vivre ensemble. Dans toutes les différentes techniques le quatrième mur entre les comédiens et le public est non-existant, permettant un débat théâtral, créatif et animé sur les sujets qui nous concernent tous.

Un autre principe du théâtre de l’opprimé est que tout le monde parle de lui-même, on ne peut pas parler des autres. Les hommes parlent des pauvres femmes. Les blancs parlent des pauvres Africains, main non ! Ça aussi est une forme d’oppression. Laissez tout le monde parler de lui-même. C’est-à-dire, je ne peux pas faire une pièce de théâtre sur les « pauvres femmes immigrantes », par exemple. Non, je fais une pièce avecces femmes immigrantes qui parlent de leur oppression et leur force. C’est à elles de parler.Moi, je leur propose des techniques de théâtre, je crée l’espace sain et harmonieux pour s’exprimer, mais c’est à elles de raconter leur histoire et de demander des questions importantes au public. Moi, je suis présente comme alliée.

Comme exemple, une des techniques très connue est le théâtre forum. Le principe en est que les comédiens font une pièce de théâtre sur une forme d’oppression qu’ils ont vécu et qui a de la signification pour le public. À la fin de la scène le meneur de jeu propose de rejouer le tout et convie les membres du public à intervenir où il pense pouvoir dire ou faire quelque chose qui infléchirait le cours des événements. Il s’agit d’une technique de théâtre participative qui permet d’imaginer et d’expérimenter avec différentes stratégies de gérer l’oppression et les conflits.

Qu’est ce qui te plait vraiment dans le théâtre de l’opprimé ?

Différentes choses me plaisent beaucoup dans cette méthodologie ! D’abord le fait qu’on utilise les différents niveaux d’intelligence. Dans le théâtre de l’opprimé nous cherchons à comprendre notre réalité à travers le corps, l’intellect, l’imagination, l’esprit et l’échange des idées.

Deuxièmement, les techniques sont tellement raffinées qu’elles deviennent plus riches quand on les utilise. C’est vraiment une méthodologie incroyablement intelligente et accessible en même temps.

Troisièmement, ce travail me permet de faire ce que je dois faire : créer la paix. J’essaie à travers mon travail de crée une espace d’amour où tout le monde peut s’exprimer.

Comment as-tu été introduite à cette forme de théâtre ?

J’ai d’abord découvert le théâtre de l’opprimé lors d’une formation en Roumanie j’ai tout de suite accroché. Après j’ai pris beaucoup de cours et de workshop dans différents pays.

Marike

Tu as créé cette année une association de théâtre AJRU. Pourquoi cette association ?

J’ai voulu être autonome dans mes choix artistiques.

Quel sont les objectifs d’AJRU dans l’avenir ?

J’ai trois objectifs pour l’association AJRU :

  1. Poursuivre nos projets sociaux : Actuellement je suis en train de faire du théâtre de l’opprimé avec des mères migrantes d’Afrique subsaharienne à Taqqedoum. Ce projet est en collaboration avec l’association GADEM. L’objectif est de donner un espace pour s’exprimer et réfléchir sur les problèmes sociaux que vivent ces femmes. Fin Avril les mamans partageront leurs questions et dilemmes dans une pièce théâtrale. L’écriture se fait de manière collaborative avec les mamans lors de nos séances d’improvisation.
  2. Poursuivre nos cours de théâtre : Les cours de théâtre ont lieu tous les lundis à Rabat ville à 19h00. Ces cours de théâtre serons focaliser sur retrouver sa propre voix, sur la créativité et sur l’art politique.
  3. Lancer des ateliers de théâtre de l’opprimé : Des ateliers de théâtre focalisés sur les techniques de théâtre de l’opprimé seront planifiés dans l’avenir

 

On vous invite à rejoindre un des cours de Marike. Pour vous inscrire contactez Marike Minnema ajru.art@gmail.com Institut Almowafaqa, 24 avenue Chellah Hassan Rabat

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